Voies terrestre, aérienne ou maritime pour les transports européens longue distance ?
Par Ibrahima DIALLO
27 juin 2022 / 10:03

Dans le secteur du transport, deux approches sont à considérer. Le transport du dernier kilomètre est le plus coûteux et le plus complexe, car opéré en zones urbaines avec de fortes contraintes de livraison. Le transport longue distance correspond généralement au transport de marchandises d’un lieu de production à un lieu de distribution. Les contraintes sont différentes et le choix du mode de transport ne repose pas sur les mêmes critères pour ces deux types de transport. Focalisons-nous sur le transport longue distance.

Le camion est le principal mode de transport utilisé pour les trajets européens. Très flexible, il est le seul mode de transport unimodal. Tous les autres transports nécessitent une organisation multimodale. Mais, si les coûts de rupture de charge ne sont pas trop élevés les options multimodales peuvent être une alternative compétitive au camion même sur de courtes distances (Zgouc et al, 2019).

De plus, le camion participe à trois problématiques routières : la congestion, la pollution et les accidents. La commission européenne préconise donc de convertir 30% du trafic routier d’ici 2030 et 50% d’ici 2050 en autres modes de transports.

Pour des trajets plus longs, l’avion et le bateau possédaient un quasi-monopole. En effet, le transport maritime représente 80% du transport de marchandises mondial. L’avion représente seulement 1% mais 35% de la valeur des marchandises transportées (e-tfl.com).

L’initiative chinoise « One belt, one road » a changé la donne. Cette nouvelle route de la Soie est un ensemble de voies maritimes et ferroviaires. 64 pays asiatiques, moyen-orientaux, européens et africains sont parties prenantes.

D’ici à 2030, la Chine aura investi 26 trillions de dollars dans ce projet qui se justifie par la progression des exportations mondiales chinoises. En 2021, elles ont encore augmenté de 30% (oms.org). De la Chine à la Finlande, de la Chine à l’Italie, de la Chine à l’Allemagne ou encore l’Angleterre ou l’Espagne, la possible utilisation du train remet en cause l’usage de l’avion ou du bateau.

Les modes de transport sont comparés selon quatre critères (Neal and Koo, 2020) : le prix, le temps, la fréquence et la fiabilité. L’avion a un coût plus élevé que les autres modes de transport notamment dès que les quantités et le poids augmentent. Il est également beaucoup plus polluant dans un monde cherchant des solutions moins émettrices de carbone.

Pour 1% de part de transport, l’avion représente 11% des émissions de carbone dues au transport alors que le bateau pour 80% de part de transport émet 3% des émissions. Concernant les délais, l’avion est évidemment plus rapide suivi par le train et le bateau. Il est clair qu’en cas d’urgence, comme durant la pandémie de la COVID-19 et le transport de matériel médical, le transport aérien est privilégié pour de longues distances.

Il faut en effet compter environ 15 jours pour le train et 30 jours pour le bateau dans le cadre de l’initiative chinoise (Yang et al, 2020). Emprunter la voie arctique rendue praticable à cause du réchauffement de la zone polaire arctique permettrait de réduire les délais d’une livraison par voie maritime.

Mais les risques en matière d’images en cas de marée noire sont importants et les conditions de navigation sont très difficiles voire impossible selon les saisons (Rigot-Müller et al, 2022). Cette solution, dans les faits, n’est pas ou peu choisie.

Un autre critère est le type de produits. Le pétrole et les céréales sont principalement transportés par voie maritime et pourraient l’être par train. L’avion n’est pas une option mais l’est au contraire pour des produits à forte valeur ajoutée. En matière de capacités, le train comme le bateau ont une bien plus grande capacité que l’avion.

Mais ces différents critères ne sont pas les seuls à prendre en compte. La fiabilité des transports peut être affectée par des éléments extérieurs. Différentes crises, sanitaires ou géopolitiques, ou des événements ont ou ont eu des répercussions sur les routes empruntées par le transport de marchandises et ce quel que soit le mode de transport.

La crise de la COVID-19 en stoppant le transport de passagers a notamment impacté le transport aérien de marchandises ; La guerre en Ukraine les routes aériennes avec la fermeture de nombreux espaces aériens mais également le trafic maritime en Mer noire ; le blocage du Canal de Suez par le porte-containers Ever given a complétement bloqué le trafic maritime transitant par le Canal.

Enfin, le secteur évolue rapidement avec un trafic en hausse. Les prix du transport augmentent notamment à cause du prix de l’énergie mais également du prix de la main d’œuvre. Une pénurie de chauffeurs routiers, homme ou femme, existe.

Les containers sont une denrée rare. Quand on sait qu’il représente 90% du trafic mondial de marchandise, leur rareté a un fort impact sur les prix. Le transport, en émettant 25% des émissions de carbone mondiales, subit également des pressions pour réduire leur impact sur le changement climatique.

Dans ce contexte, quel mode de transport sera favorisé ? Quel est celui qui innovera le plus et le plus vite ? Mais un transport plus vert est-il la solution : un avion à 0 émissions ? un bateau à 0 émissions ? Peut-on vraiment être neutre en carbone ? Ne faut-il pas plutôt revoir nos modes de consommation ? nos localisations de production ? La question mérite d’être posée.

Professeure Doyenne Associé L’inclusivité à Kedge Business School 

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