LA DIFFÉRENCE ENTRE LE GAZODUC AFRIQUE-ATLANTIQUE ET LE GAZODUC TRANSSAHARIEN, À BUT EXCLUSIF DE «LIVRAISON»
Par Ibrahima DIALLO
26 juin 2022 / 12:13

Atteint du syndrome du «Delivery-Glovo», le ministre algérien ambitionne seulement d’être un «livreur» et il l’affirme. Le gazoduc Nigéria-Algérie? Aucun impact sur les peuples africains. Aucun souffle de solidarité ou d’altruisme! Aucun sens du partage! Que de l’égoïsme pur et dur, conforme aux calculs étroits d’un régime en décrépitude.

Les adversaires du gazoduc Nigeria-Maroc-Europe (près de 5.000 km) ne veulent absolument pas voir son impact socioéconomique favorable pour 14 pays africains.

Nigéria, Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, Guinée, Guinée Bissau, Gambie, Sénégal, Mauritanie et Maroc. Les populations bénéficiaires sont au nombre de 167 millions, hors Nigéria, avec ses 220 millions d’habitants.

Le Gazoduc Afrique Atlantique consolidera et intégrera les économies des pays traversés. Il aura aussi l’avantage d’être connecté à une infrastructure déjà existante: le «West african gas pipeline» qui relie aujourd’hui le Nigéria, le Ghana, le Bénin et le Togo.

On comprend le vif intérêt de la Cedeao, qui a validé ce gazoduc. L’intérêt également du Fonds de l’OPEP pour le développement international (OPEC Fund)  et celui de la Banque Islamique de développement (BID) qui financent une partie des études.

Un gazoduc à la dynamique vertueuse et aux multiples bienfaits pour des industries africaines naissantes ou émergentes. Des usines de transformation de phosphate, engrais et fertilisants.

L’agriculture et l’agro-industrie en essor avec comme objectif  l’autosuffisance alimentaire. Des centrales thermiques fonctionnant au gaz et un marché ouest-africain d’électricité qui développera une saine compétition.

Plusieurs dizaines de milliers d’emplois stabiliseront les populations et auront un impact sur les flux migratoires aussi bien interafricains que vers le Nord. L’Afrique cessera d’être privée de ses cerveaux, talents et potentialités. Ces migrations accompagnées souvent de drames et tragédies que l’Afrique et l’Europe ne supportent plus.

Une Afrique assurant de bonnes conditions de vie à ses enfants est un objectif devenu prioritaire pour l’Union Européenne. En attendant un engagement ferme, elle voit d’un œil favorable le gazoduc Afrique-Atlantique.

Ce projet répondra aussi à ses besoins énergétiques d’une manière sécurisée en partenariat avec des pays fiables respectueux des engagements. Les cadres juridique, technique et financier seront incessamment définis. Tout sera fait avec diligence car la crise mondiale du gaz ne permet plus les retards.

En face du gazoduc Afrique-Atlantique, il y a un contre-projet opaque, qui vient d’être ressorti de tiroirs poussiéreux par des manœuvriers qui se croient stratèges. Le «transsaharien» qui partirait du Nigéria et arriverait en Algérie, en passant seulement par le Niger, et ses 23 millions d’habitants. Un pays qui souffre déjà des terribles ingérences de son hargneux voisin du nord.

Le transsaharien? Aucun impact réel sur les peuples africains. Aucun souffle de solidarité, de générosité ou d’altruisme! Aucun sens du partage! Que de l’égoïsme pur et dur conforme aux calculs étroits d’un régime en décrépitude. Aucune ambition pour l’Afrique.

Ce gazoduc traverserait des territoires désertiques, abandonnés même par les populations nomades. Des zones infestées de groupes terroristes, dont on connait la genèse nizaro-toufikienne, et qui considèrent déjà le trajet envisagé de ce gazoduc comme une «aubaine».

Le Nigéria semble très dubitatif! Ce projet serait  potentiellement miné. Tôt ou tard,  il servirait surtout de moyen de pression  pour servir des agendas douteux.

Il est regrettable de relever une déclaration navrante du ministre algérien de l’Energie, Mohamed Arkab qui a déclaré, il y a quelques jours, au magazine allemand Der Spiegel: «notre pipeline est plus sûr et il est économiquement viable. Tandis que l’autre gazoduc (Nigéria-Maroc), qui traverserait 12 pays sur une distance de plus de 6.000 km, dont une partie traverserait l’Atlantique, est plus complexe à réaliser».

Mohamed Arkab estime que «le financement de ce projet (gazoduc Nigéria-Maroc) est également flou». Par contre, «l’Algérie possède les ressources et la «volonté» de financer une grande partie du gazoduc transsaharien (TSGP)». Ainsi soit-il!

Il a fait ajouter perfidement «1000 km» au gazoduc Afrique-Atlantique tout en balançant un benchmarking qui ne fera adhérer personne. Il y a surtout ce lapsus: «notre pipeline».

Le réflexe de possession, de confiscation et de mainmise, conforme aux traditions de «détournement» du régime algérien. Le Nigéria et le Niger sont d’ores et déjà écartés. Alger est assez connu pour son sens très élastique du partenariat.

L’Algérie, elle-même productrice de gaz, l’a très mal utilisé pour son développement. Que ferait elle de plus avec le gaz du transsaharien, excepté  un usage politicien?

Atteint du syndrome du «Delivery-Glovo», le ministre algérien ambitionne seulement d’être un «livreur» et il l’affirme. Le transsaharien serait à but exclusif de livraison. Il prétend qu’il «sera prêt d’ici trois ans, pour transporter entre 20 et 30 milliards de mètres cubes de gaz vers l’Europe».

Aucune ambition. Alimenter l’Europe en gaz africain, sans aucune retombée pour les peuples africains, est une idée qui a fait son temps et n’intéresse plus l’Europe.

L’Union Européenne ne veut plus de ce tropisme européen suspect des généraux algériens. Elle voit le gazoduc Afrique-Atlantique comme une opportunité qui doit aussi consolider le développement et la stabilité de l’Ouest africain.

Les médias algériens sont déjà dans leur «triomphalisme» coutumier: «la réalisation de ce projet est une excellente opération aussi bien en matière de redevances que d’investissements pour la Sonatrach. Mais aussi en  termes de consolidation de la place de l’Algérie en tant que pays exportateur de gaz vers l’Europe».

«L’importance capitale de cette réalisation permettra de renforcer la place de l’Algérie en tant que pays «incontournable» en matière d’exportation de gaz vers l’Europe»: l’«incontournabilité», cette notion ridicule et répétitive dans la doctrine du régime militaire algérien! A force de vouloir être «incontournable», ce régime se dirige vers tous les types de «collisions».

Les choses sont simples. D’un côté, il y a le  projet Afrique-Atlantique, un gazoduc développeur intégrateur («a gas development pipeline») et, de l’autre, un transsaharien («a gas delivery pipeline»), sans aucune ambition, ni esprit de solidarité et sur lequel planent déjà toutes les embrouilles, les marchandages et la mauvaise foi de géostratèges dépassés.

JALAL DRISSI           

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