Infrastructures de transport en Afrique : un réseau encore sous-dimensionné face aux besoins du continent
Par Ibrahima DIALLO
20 janvier 2026 / 14:45

Malgré sa taille et son potentiel économique, l’Afrique reste le continent le moins bien connecté au monde en matière d’infrastructures de transport. Routes dégradées, voies ferrées vieillissantes, ports saturés : les chiffres révèlent l’ampleur des défis à relever pour soutenir la croissance du commerce intra-africain et la mise en œuvre de la ZLECAf.

Un réseau routier peu dense et souvent dégradé

Selon l’Africa Finance Corporation dans son rapport « State of Africas Infrastructure 2024 », l’Afrique ne compte que 1,5 % des routes bitumées mondiales, alors qu’elle représente près de 20 % de la surface terrestre. Sur le continent, à peine 30 % des routes sont revêtues, et près de 40 % sont en mauvais état. La densité routière moyenne s’élève à 7 km pour 100 km², contre plus de 100 km en Europe.

Le transport routier demeure pourtant la colonne vertébrale de la mobilité africaine : il assure 80 % du trafic de marchandises et 90 % du trafic de passagers, selon la Banque africaine de développement.

Mais l’insuffisance des infrastructures accroît les coûts logistiques : le transport de fret y est jusqu’à 75 % plus cher qu’en Asie ou en Amérique latine. Dans certaines régions enclavées, les trajets de 500 km peuvent durer plus de trois jours en raison de la dégradation des chaussées et des goulets d’étranglement aux frontières.

Des réseaux ferroviaires fragmentés et vieillissants

L’Afrique dispose d’environ 85.000 km de voies ferrées, soit une densité moyenne de 2,7 km pour 1000 km². La majorité de ces infrastructures datent de l’époque coloniale et souffrent d’un manque d’entretien chronique.

Plus de 20 pays africains ne disposent d’aucune ligne ferroviaire opérationnelle. Ceux qui en ont sont souvent confrontés à des problèmes d’interopérabilité : le continent compte plus de six types d’écartement de rails différents, rendant difficile la connexion transfrontalière.

Malgré cela, plusieurs projets de modernisation sont en cours : le corridor ferroviaire de Lobito (Angola–RDC–Zambie), la ligne Mombasa–Nairobi au Kenya ou encore le réseau Tanger–Casablanca au Maroc illustrent la volonté de développer des corridors multimodaux à forte valeur logistique.

Transport maritime : un pilier stratégique mais inégalement performant

Le transport maritime représente environ 22 % du commerce intra-africain, selon la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED). Le continent compte 65 ports reliés par 142 liaisons maritimes, mais la capacité et l’efficacité varient fortement d’un pays à l’autre.

Les ports d’Afrique du Nord, comme Tanger Med (Maroc) et Port Saïd (Égypte), affichent des performances proches des standards mondiaux, tandis que ceux d’Afrique subsaharienne, tels que Lagos, Tema ou Douala, restent confrontés à la congestion et aux délais de déchargement prolongés.

Pour y remédier, plusieurs pays investissent massivement : la Tanzanie a modernisé le port de Dar es Salaam, la Côte d’Ivoire agrandit celui d’Abidjan, et le Sénégal mise sur le port en eau profonde de Ndayane, piloté par DP World, pour devenir un hub logistique régional.

Des investissements encore insuffisants

Selon la Banque mondiale, l’Afrique aurait besoin d’environ 150 milliards de dollars d’investissements annuels pour combler son déficit infrastructurel, dont près de 40 % consacrés au transport. Aujourd’hui, les budgets alloués atteignent à peine la moitié de ce montant.

Cette faiblesse structurelle limite l’intégration économique et la compétitivité du continent. La mise en œuvre de la ZLECAf et la montée en puissance de nouveaux corridors commerciaux pourraient cependant accélérer la modernisation, à condition d’une meilleure coordination entre États, bailleurs et acteurs privés.

Auteur : La Rédaction 

SI VOUS VOULEZ QUE L'INFORMATION SE RAPPROCHE DE VOUS

Newsletter

Vidéos

Mon compte