La Commission européenne a présenté sa première stratégie industrielle dédiée à la construction maritime, afin de contrer la suprématie de la Chine et de la Corée du Sud, qui concentrent 80 % du marché mondial des grands navires. Entre décarbonation, innovation technologique et soutien financier, Bruxelles veut relancer un secteur tombé à 12-15 % des parts mondiales.
Longtemps dominante jusqu’aux années 1960, l’industrie navale européenne ne représente plus aujourd’hui que 12 à 15 % du marché mondial, selon l’association Sea Europe. À l’inverse, la Chine et la Corée du Sud contrôlent environ 80 % de la production de porte-conteneurs, vraquiers et pétroliers.
Face à ce déséquilibre, la Commission européenne a dévoilé, le 4 mars 2026, une stratégie inédite visant à renforcer la compétitivité du secteur. Ce plan s’inscrit dans une démarche plus large de réindustrialisation et de promotion du « made in Europe », avec un accent particulier sur la souveraineté industrielle et maritime.
L’Europe conserve néanmoins des positions fortes sur des segments à haute valeur ajoutée, notamment les navires de croisière et certains bâtiments spécialisés. Quatre grands chantiers maintiennent une capacité industrielle d’envergure : Chantiers de l’Atlantique en France, Fincantieri en Italie, Meyer Werft en Allemagne et Meyer Turku en Finlande.
Pour consolider ces positions, Bruxelles mise sur l’innovation, notamment à travers le développement de navires civils à propulsion nucléaire et de ferries à double usage civil et militaire. L’objectif est également d’orienter davantage la commande publique vers des navires construits au sein de l’Union, en intégrant des critères de durabilité et d’origine.
Le défi reste toutefois financier. Entre 2020 et 2024, la Chine aurait mobilisé environ 15 milliards de dollars de prêts publics et plus de 25 milliards de subventions directes pour soutenir ses chantiers, alors que l’Union européenne respecte l’accord de l’OCDE de 1994 interdisant les subventions directes au secteur.
Pour réduire l’écart de compétitivité, estimé entre 30 et 40 % par rapport aux chantiers asiatiques, Bruxelles compte s’appuyer sur le futur Fonds européen de compétitivité (2028-2034), destiné à financer la transition numérique et écologique des chantiers et des ports. À travers cette stratégie, l’Union entend réduire sa dépendance vis-à-vis de l’Asie et préserver un secteur jugé stratégique pour son économie et sa sécurité.
Auteur : La Rédaction














