Belgique : pourquoi des millions d’euros sont investis pour le transport ferroviaire des marchandises ?
Par Ibrahima DIALLO
25 août 2022 / 21:38

Un énorme lifting a impacté la bifurcation dite “Carwash” de Schaerbeek-Formation. Durant cet été vingt-deux nouveaux aiguillages et environ 250 mètres de nouvelles voies ont été posés cet été. Six kilomètres de caténaires et 16 kilomètres de câbles de signalisation ont également été remplacés.

En provenance du Hainaut et des Flandre orientale et occidentale, après l’heure de pointe matinale, cette bifurcation est l’endroit où arrivent tous les trains de voyageurs. C’est là qu’ils sont garés, nettoyés, entretenus, avant de reprendre le rail.

Vers un trafic plus fluide

Un chantier de quelque 10 millions d’euros censé apporter des améliorations dans la fluidité du trafic ferroviaire, tant voyageurs que marchandises dans toute la Région de Bruxelles-Capitale.

L’objectif est d’aménager un corridor ferroviaire pour la traversée de Bruxelles entièrement dédié au transport de marchandises (L26B) dont la mise en service complète est prévue pour 2029-2030. Dans cette dynamique, 12,4 millions d’euros d’investissements ont déjà été réalisés en 2020. Vingt millions d’euros seront encore nécessaires pour la troisième et dernière phase de ce corridor.

Un projet inscrit dans un plan plus vaste

Si chaque année, près de 160.000 trains de marchandises circulent sur le réseau ferroviaire belge (dont 85% transitent par Bruxelles), ils risquent de se multiplier à l’avenir. Le gouvernement fédéral prévoit de doubler le volume de marchandises transportées par rail d’ici 2030 en Belgique.

Pour éviter la saturation, Infrabel a un plan : « Pour fluidifier le trafic, nous voulons moderniser le réseau, diminuer les goulets d’étranglement et équiper l’infrastructure pour permettre d’accueillir des trains plus longs (750 m). Infrabel souhaite aussi construire de nouvelles infrastructures qui bénéficieront aux ports belges et aux entreprises raccordées au rail. La modernisation du faisceau Nord de Bruxelles et la création du corridor fret L26B se trouvent également dans le projet »  nous explique sa porte-parole, Jessica Nibelle. Et tout cela se fera en « maintenant la taille actuelle du réseau ferroviaire ».

Mais tout cela a un coût : « Pour atteindre ses objectifs, Infrabel a besoin de 200 millions d’euros de plus par an (sur 10 ans) pour ses investissements (la dotation aujourd’hui est de 926 millions d’euros) et de 100 millions de plus par an pour ses dépenses opérationnelles ».

Un pari sur l’avenir

Pour le ministre fédéral de la Mobilité, Georges Gilkinet (Ecolo), c’est une façon de miser sur l’avenir : « Un euro investi dans le rail, cela rapporte trois euros à l’économie. À la fois pour toutes les entreprises qui travaillent avec Infrabel et la SNCB mais aussi pour toutes celles qui bénéficient du réseau ferroviaire ».

C’est également une manière de répondre au défi climatique, le train étant aujourd’hui le mode de transport le moins polluant. La vision du rail 2040 du gouvernement fédéral propose d’ailleurs une stratégie de prix consolidant l’attractivité du rail pour le transport de personnes et de marchandises.

Un transport ferroviaire de marchandises qui a du potentiel. Avec ses 3612 kilomètres de lignes de chemin de fer, le réseau ferroviaire belge constitue l’un des réseaux les plus denses au monde. Pourtant, depuis des années, le transport ferroviaire de marchandises ne dépasse pas les 10% en Belgique :

Pas assez concurrentiel par rapport aux autres modes de transport. Il reste d’ailleurs très loin derrière le transport routier et le transport maritime :

Mais cela pourrait se substituer même si la capacité du réseau pour le transport de marchandises est souvent liée au transport de voyageurs et de sa croissance. En créant un corridor ferroviaire dédié uniquement au fret pour la traversée de Bruxelles, Infrabel se donne les moyens de hausser sa capacité et sa qualité : Benoît Gilson, directeur général d’Infrabel a affirmé que :

« c’est un projet qui a une influence à la fois sur le trafic marchandises et le trafic voyageurs parce que pour le moment les deux trafics sont en conflit, ce qui limite la capacité et la ponctualité de l’un et de l’autre. Et donc, en séparant les deux types de trafic, cela permettra d’améliorer la ponctualité et la capacité voyageurs sur Bruxelles ».

Elle permettra ainsi  à terme, la réunion avec le port de Bruxelles, dopant également le transport fluvial et faire baisser aussi  la pression des camions dans la capitale.

 

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